Les bons conseils de Julien Chorier

Un palmarès long comme le bras, une longévité rare : prenez des notes, Julien Chorier distille quelques bons conseils.

 

LA REPUBLIQUE DU TRAIL : Bonjour Julien et merci de me recevoir.

JULIEN CHORIER : Merci à toi !

 

RDT : Qu’est-ce qui te fait courir dans la vie ?

JC : C’est vraiment la passion de la montagne, le dépassement de soi et puis, la possibilité de prendre l’air. C’est vraiment cette facilité à pouvoir s’évader qui me plaît le plus. J’ai commencé à courir à 26 ans, on peut dire le trail m’est tombé dessus assez tardivement.

 

RDT : Cela fait 10 ans que tu es à un niveau international et tu as gagné la X-Alpine à Verbier (115km, 8400mD+) en Juillet, une course très technique. Quel est ton secret pour durer ?

JC : Il y a peut-être un facteur chance mais je dirais que c’est surtout la passion et une programmation équilibrée de l’entraînement. Sur l’année, il faut prévoir des phases de récupération pour permettre de repartir d’une saison à l’autre. Il faut donc faire des saisons équilibrées en terme de nombre de courses et ne jamais dépasser les limites. Même si parfois on a envie d’en faire plus, il faut laisser le temps au corps de récupérer.

Photo : Photossports

La tentation de la très longue distance

RDT : On t’a beaucoup vu sur des formats longs, avec beaucoup de dénivelé. Cette année, tu t’es lancé sur le Marathon des Sables.

JC : Oui, le Marathon des Sables, c’est une multitude de petites étapes, un format nouveau et très intéressant pour moi, notamment vis-à-vis de la gestion en autonomie alimentaire pendant une semaine.

« On aura beau dire le contraire, tu peux sortir du Tor fatigué pour quelques saisons. Il faut être très vigilant avant de se lancer sur une telle course. »

 

RDT : Tu t’intéresses donc aux courses de très longue distance ?

JC : Oui et c’est pour ça que je me suis lancé sur un tour de la Tarentaise (ndlr : 280km, 20000m D+) l’an dernier. C’était très confortable parce qu’il n’y avait pas la pression du chrono ou de la concurrence mais cela m’a vraiment permis de tester mes limites, notamment vis-à-vis du sommeil. Le format très long, c’est quelque chose que je veux essayer. Cela fait deux ou trois ans que j’ai envie de m’inscrire sur le Tor des Géants (ndlr : 330km, 24000m D+) mais j’ai peur de l’après, de la récupération. Quand tu regardes les anciens vainqueurs du Tor, beaucoup ont mis longtemps avant de revenir au top. Certains ne sont même jamais vraiment revenus. Bien sûr, il y a des contre-exemples mais si tu regardes Iker Carrera, après sa victoire, on ne l’a plus trop revu. Jules-Henri Gabioud a aussi mis du temps à revenir. Pour Patrick Bohard, ça a aussi été compliqué après le Tor. Il est revenu et a gagné la Swiss Peak 360 (360km, 25500m D+) mais depuis, c’est compliqué pour lui. On aura beau dire le contraire, tu peux sortir du Tor fatigué pour quelques saisons. Il faut être très vigilant avant de se lancer sur une telle course. C’est un format qui laisse plus de traces qu’on ne veut bien le penser.

 

RDT : Rester vigilant, c’est ce que tu dis souvent. Que penses-tu de la tendance au rallongement des distances?

JC : Je trouve cette tendance assez erronée. Quand on voit le marathon du Mont Blanc (42km, 2780m D+), c’est une course vraiment extraordinaire. En ce qui me concerne, je fais partie de ceux qui sont allés sur l’ultra par facilité parce que je performe beaucoup plus sur ce format. C’est beaucoup plus difficile de faire une place sur le marathon du Mont-Blanc parce que ça court vraiment très vite. Quand on a un parcours athlétique, on a plutôt intérêt à s’éclater sur de « petites » distances et d’aller au bout des choses avant de se lancer sur des ultras.

 

RDT : Es-tu un adepte des régimes sans gluten ?

JC : J’ai pratiqué l’alimentation sans gluten pendant quelque temps. On ne peut pas dire que je sois allergique mais je suis très sensible à certaines choses. Pendant un ou deux ans, j’ai complétement arrêté le gluten et ça a bien fonctionné. Puis je me suis rendu compte qu’en m’abstenant de manger du gluten pendant des périodes très précises, notamment une ou deux semaines avant les courses, j’arrivais à me retrouver dans une situation de confort similaire pendant la course. A la fin, je n’ai pas maintenu l’alimentation sans gluten par facilité mais je reste quand même sensible et vigilant, même à l’entraînement.

 

RDT : Que penses-tu de la préparation mentale ?

JC : Sur le plan de la préparation mentale, notamment l’autohypnose, c’est quelque chose que je ne fais pas mais que je souhaiterais travailler. Le principe est vraiment très intéressant mais cela demande du temps et il faut trouver la bonne personne pour t’accompagner dans cette démarche.

« On a rejoint Jim pour une séance de piste. A l’échauffement, ça tournait déjà à 16km/h … »

 

RDT : Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans l’ultra-trail ?
JC : Ce serait d’y aller progressivement, de voir ce que ça donne et si tu prends du plaisir. On peut avoir envie de faire du long mais certaines personnes ne vont vraiment y prendre aucun plaisir. Certains métabolismes ne sont pas non plus adaptés pour endurer 20, parfois même 30 ou 40 heures d’effort parce qu’ils sont simplement trop consommateurs et qu’au bout d’un moment, cela va poser problème vis à vis de l’alimentation. On peut aussi avoir des problèmes de sommeil. Ou des soucis musculaires simplement liés au fait que l’on habite dans une région sans dénivelé où il est difficile de faire de l’entraînement spécifique. Bref, avant de se lancer dans l’ultra, il faut être bien conscient du grand nombre de paramètres qu’il va falloir être capable de gérer.

Photo : Photossports

Jim, Tom et les autres

RDT : Tu fais partie du Team Hoka. Cette année, on t’a vu avec Ludovic Pommeret t’entraîner du côté de Flagstaff, notamment avec Jim Walmsley et Tom Evans. Ça fait quoi de courir avec des fusées ?

JC : C’était vraiment très drôle parce juste après avoir atterri, on a rejoint Jim pour une séance de piste. A l’échauffement, ça tournait déjà à 16km/h… on était au seuil ! En plus, Flagstaff, c’est l’Arizona, il fait chaud et avec l’altitude (2130m), c’était un sacré entrainement. Avec le team Hoka, on a passé plusieurs jours à courir, notamment dans le Grand Canyon, c’était vraiment top.

 

RDT : Qu’as-tu pensé de la performance de Jim à la Western States (161km, 5500mD+, 7000mD-) ?

JC : C’est une performance vraiment incroyable. Aussi incroyable qu’elle n’a surpris personne quand on connaît Jim. Au-delà de sa performance, ce qui m’a vraiment fait plaisir, c’est de voir Jared Hazen faire un chrono stratosphérique (14h26). C’est un coureur que j’ai découvert pendant la Western States en 2015. Au bout de 100km, je vois un gamin me doubler par la gauche, c’était lui. Cette année-là, il finit 3ème. Jared est quelqu’un qui a vraiment beaucoup bossé mais qui a aussi eu pas mal de soucis. En allant chercher le 2ème chrono de l’histoire, il a vraiment montré toute l’étendue de son talent.

 

RDT : Jim a un profil un peu atypique…

JC : Oui, il vient de l’athlétisme et a typiquement le profil d’un coureur du 1500m, 3000m ou du 5000m. C’est quelqu’un qui sait vraiment courir vite, à la fois très léger et longiligne. Il est à l’opposé de gabarits plus montagnards, comme Kilian Jornet ou même François D’Haene, qui a un profil plutôt intermédiaire. Si tu regardes Xavier Thévenard, c’est aussi quelqu’un qui a un gabarit plus costaud, plus puissant. Il y a vraiment ces deux profils de coureurs et selon le profil de la course, chaque profil a ses avantages et inconvénients.

©La République du Trail

RDT : Que t’apporte le trail dans la vie professionnelle ?

JC : A la base, je suis ingénieur civil. Cela fait maintenant 5 ans que je travaille à mon compte en tant que consultant en marketing sportif, plus particulièrement dans le domaine du trail, Donc le trail et mon métier sont intimement liés maintenant. Pour ce projet, c’est toute mon expérience d’ingénieur que j’essaie de mettre à profit. Entre autres, je donne souvent des conférences qui portent sur les passerelles entre la gestion d’un projet sportif et celle d’un projet professionnel. En particulier, la rigueur qu’exige la pratique du trail, un sport qui pousse souvent l’organisme dans ses retranchements, est un modèle transposable à la conduite d’un projet professionnel.

 

Julien Chorier – le palmarès :

Vainqueur :

  • Grand Raid, “La Diagonale des Fous” (163km, 9600m D+, La Réunion), 2009, 2011.
  • Hardrock Hundred Endurance Run (160km, 11000m D+, USA), 2011.
  • CCC – UTMB® (86km, 4600m D+), 2007.
  • Madeira Island Ultra Trail (115km, 6800m D+, Portugal), 2014.
  • Ultra Trail du Mont Fuji (156km, 8530m D+, Japon), 2012.
  • Ecotrail Funchal Madeira Compressport (82km, 5225m D+), 2016.
  • La Ronda del Cims (178km, 13000m D+, Andorre), 2013.
  • Verbier X-Alpine (111km, 8400m D+, Suisse), 2019.

Podiums:

  • UTMB® (171km, 10000m D+), 3e en 2008 (4e en 2010, 6e en 2013).
  • Transgrancanaria (125km, 8000m D+), 2e en 2014 (4e en 2019).
  • Ultra Trail du Mont Fuji (160km, 8500m D+), 2e en 2013.
  • Transmartinique (140km, 6000m D+), 2e en 2010.
  • Trail du Ventoux (46km, 2000m D+), 2e en 2009, 2e

1 Comment

  1. Merci pour ces conseils. Ca donne un bon aperçu de la persévérence qu’il faut pour en arriver là!

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