Thibaut Garrivier, pied au plancher

Auteur de deux saisons abouties en parallèle de ses études en radiologie, Thibaut Garrivier va vite sur les sentiers comme dans la vie. Le talent n’attend pas et les résultats lui donnent raison. Entretien avec celui qui préférait courir tous les lièvres à la fois, sur le fil du rasoir.

 

LA REPUBLIQUE DU TRAIL : Bonjour Thibaut et merci de me recevoir.

THIBAUT GARRIVIER: Merci à toi !

 

LA REPUBLIQUE DU TRAIL : As-tu toujours fait du sport ?

TG: Oui, cela vient de mon père, il a toujours fait de la course à pied et du triathlon et il m’a souvent emmené avec lui.

RDT : Et la médecine, comment y es-tu venu ?

TG : Cela s’est fait assez tardivement. J’avais fait un stage au lycée chez un ami anesthésiste. Cela m’avait bien plu et je me suis lancé en médecine pour faire de l’anesthésie-réanimation. Au bout de quatre ou cinq ans, j’ai découvert la radiologie, un domaine qui me correspondait plus. Il y a des possibilités d’aménager son temps de travail mais avant tout, sur le plan professionnel, je me voyais plus m’épanouir en radiologie parce que c’est une spécialité très stimulante intellectuellement. Il faut être rapide et bien organisé. Le temps de travail est dicté par les plannings, pas le temps de s’endormir, j’ai besoin de ce genre de stimulation. Bien sûr, il y a les gardes une fois par semaine mais contrairement à d’autres spécialités comme la chirurgie, je finis généralement mes journées à 18h30.

 

RDT: Ce métier te permet donc d’aménager ton temps de travail.

TG : Voilà, je sais que vers 19h, je suis chez moi et que je peux m’entraîner alors que mes amis chirurgiens terminent parfois à 17h, d’autres fois à 19h mais aussi très souvent à 22h. S’il faut aller faire une heure et demie de course à pied après ça, c’est compliqué. Moi je ne fais pas ça et je ne me lèverai pas non plus à 5 heures du matin pour m’entraîner.

« Les gardes, c’est comme prendre l’avion une fois par semaine et devoir se remettre du décalage horaire, sans compter le stress et la charge mentale de l’hôpital. »

RDT : Le sommeil est un élément important pour toi?
TG : Oui, en ce qui me concerne, pour courir à un bon niveau, c’est impossible de dormir moins de 7 heures en période de charge d’entraînement. Je ressens vite le manque de sommeil et si après je dois faire des gardes, je mets 48 heures à m’en remettre… Les gardes, c’est comme prendre l’avion une fois par semaine et devoir se remettre du décalage horaire, sans compter le stress et la charge mentale de l’hôpital.
RDT : Qu’est-ce qui t’a amené au trail ?
TG: J’ai commencé à courir pour me défouler quand je préparais mon concours de médecine. Et puis un jour un ami qui ne pouvait pas courir le Trail du Mont Ventoux m’a donné son dossard. A l’époque j’étais à Marseille et après les cours, je courais une vingtaine de kilomètres. Cela me plaisait bien et de fil en aiguille, j’’ai commencé à faire des marathons et puis après, on se prend au jeu… On s’entraîne un petit peu plus, on agrandit les distances, etc.
Transvulcania, et si on faisait sauter la banque? Photo: Peignée Verticale – C.Hudry
RDT : Justement tu as couru le Trail du Mont Ventoux pour la troisième fois en 2019 et cette fois, ça s’est terminé au sprint. Tu finis second.

TG : Oui.

 

RDT : Un finish au sprint, c’est rare. Comment l’as-tu vécu? Pas trop déçu?

TG : Non, même pas. Je suis quelqu’un de très compétiteur mais là, perdre au sprint devant Marc Lauenstein, pour moi, c’était comme avoir passé un nouveau cap, surtout que je cours environ 15 minutes plus vite qu’en 2018. Donc non, vu le contexte, je n’ai pas été déçu, je me suis battu jusqu’au bout. C’est aussi ça le haut niveau. De toute façon, je ne suis pas Kilian Jornet, je ne vais pas laisser mon empreinte dans ce sport, je n’ai pas le niveau pour ça (rires).

RDT : Tu es encore jeune et nouveau sur le circuit. A t’entendre, la recherche de progression semble être un élément plus important que la victoire en soi.

TG : Oui, c’est ça. Par rapport à des coureurs comme Lauenstein, je me considérais comme un outsider. C’était quand même établi qu’il est meilleur que moi sur ce type de distance et en ce qui me concerne, j’étais content de pouvoir élever mon niveau au sien sur une course. Je l’ai pris comme ça, comme une preuve que l’entraînement pendant l’hiver a été bon et que cela fonctionne. Je ne dis pas que le Ventoux n’était pas un objectif, c’est une bonne course de rentrée mais mon vrai objectif, c’était la course de sélection nationale mais je me suis blessé 3 jours avant … Cela n’a pas fonctionné comme je le souhaitais et là, pour le coup, j’ai vraiment été déçu.
 

Transvulcania : le jour d’après

RDT : Tu as aussi vécu quelque chose de fort en 2019, une victoire à la Transvulcania (74km, 4350m D+, Las Palmas, Espagne). Es-tu redescendu de ton nuage?

TG : Oui et non, je ne sais pas. Franchement, c’est hallucinant. Il y a eu beaucoup de retombées médiatiques dans le milieu. Il faut dire que les organisateurs y mettent les moyens en terme de communication, c’est impressionnant. Dans tous les cas, c’est l’aboutissement de beaucoup d’années d’entraînement. Mon but, c’était ça, gagner une grosse course dans un bon temps et avec des concurrents à leur meilleur niveau. C’est une belle étape de franchie. Après la course, j’ai eu quelques pépins physiques et je n’ai pas pu m’entraîner correctement pendant deux ou trois mois donc il faut savoir apprécier ces moments quand ils se présentent, d’autant que performer sur plusieurs courses dans la même saison, c’est quand même compliqué.

« Sur 50km, je me dis que je dois pouvoir jouer la gagne sur beaucoup de courses maintenant. »

RDT : Surtout avec ton emploi du temps.

TG: Oui, à long terme, ce sera peut-être encore plus compliqué. Pour le moment, je ne fais pas de plans sur la comète. En terme d’organisation, c’est déjà très compliqué. Il faut arriver sans encombre sur la ligne de départ puis rejoindre l’arrivée puis être dans le top 5 et ensuite, pour gagner, c’est encore autre chose.

 

RDT : La Transvulcania, c’est ton meilleur souvenir ?

TG : Oui, sans hésiter.

 

RDT : Après cette course, tu as déclaré te sentir libéré.

TG : Oui, c’est vrai. J’ai senti un changement sur le plan de la confiance parce que je me suis montré à moi-même que j’étais capable de gagner une grosse course. Il y a tellement de paramètres en jeu … Là-haut, sur le volcan, j’étais vraiment bien mais quand je suis tombé au début de la descente, je me voyais plus 10ème et me demandais même si j’allais pouvoir terminer. Il y a eu beaucoup de rebondissements et cela reste un souvenir très fort.

Transvulcania, bingo !  Photo: Peignée Verticale – C.Hudry
RDT : Au palmarès, tu succèdes à des coureurs comme Kilian Jornet, Luis Alberto Hernando. Cela change les choses, non?

TG: Oui, après cette victoire, j’ai eu du mal à me voir ailleurs que dans le top 5. Je me mets plus de pression. Sur 50km, je me dis que je dois pouvoir jouer la gagne sur beaucoup de courses maintenant, et que si je n’y arrive pas, c’est que j’ai commis une erreur ou du moins que je n’ai pas fait tout ce qu’il fallait: une mauvaise gestion, un problème de préparation ou autre. De toute façon, c’est toujours plus facile de gagner quand tu n’es pas attendu que de confirmer quand tu l’es…

RDT : C’est une étape de franchie.

TG : Oui, c’est un tournant. Maintenant, je dois aussi me poser la question de savoir ce que je veux faire à long terme. Il faut énormément d’investissement pour courir à ce niveau de façon régulière. Est-ce que je veux ça à tout prix, avec le stress et la charge mentale que cela comporte en plus du travail ou est-ce que j’essaie de lever le pied ? De me dire que j’ai réussi une des choses importantes pour moi mais de courir que pour le plaisir désormais, même si les résultats sont moins bons ? Voilà où j’en suis dans ma réflexion en ce moment…
Cette situation est un peu difficile et frustrante parce que je sais d’où viennent ces résultats. En 2018, j’ai pris 6 mois de disponibilité. J’ai dû travailler l’équivalent de 20 heures par semaine, avec quelques gardes ça et là et quelques semaines complètes de travail mais j’ai pu par exemple passer tout le mois d’octobre à la Réunion, où j’ai franchi un cap. Cela m’a fait prendre conscience du fait qu’avec un emploi moins prenant, je pourrais encore progresser. Mais si je veux continuer à m’améliorer, à part en comptant sur le poids des années, cela deviendra compliqué en terme d’emploi du temps.

« Est-ce que je veux ça à tout prix, avec le stress et la charge mentale que cela comporte ? »

RDT : Tu oscilles entre la passion et la raison!

TG: Oui. Je suis quelqu’un de très cartésien. J’ai toujours mis la priorité sur les études contrairement à certains de mes amis, comme Mathéo Jacquemoud ou Tao Quemere, qui se sont lancés dans le sport de haut niveau et qui, d’ailleurs, ont brillamment réussi. En ce qui me concerne, le choix a été assez simple, je ne me voyais pas faire autre chose sur le long terme. J’ai toujours voulu assurer mes arrières, gagner ma vie et ne pas forcément regarder aux dépenses. J’ai aussi une vie à côté de tout ça, mes amis ne sont pas du tout dans ce milieu.

 

Too fast, too furious ?

RDT : Se lancer à fond dans le trail, c’est aussi s’exposer aux problèmes physiques. A quoi étaient dûes tes blessures en 2019?

TG : La première blessure est assez inexplicable. Je me suis déchiré le mollet 3 jours avant la course de sélection nationale alors que j’étais dans la forme de ma vie, encore plus qu’au Ventoux. La raison de cette blessure, on ne la connaîtra jamais. Ensuite, après la Transvulcania, la raison est toute trouvée : la surcharge. J’ai recouru une manche de coupe du monde de skyrunning six jours après et clairement, je me suis massacré le tendon. Je n’avais pas encore récupéré après la Transvulcania, je suis retourné au boulot, j’ai fait les gardes de la semaine, puis la veille de l’épreuve de skyrunning dans le Matheysin …. Au final, cette blessure m’a coûté deux à trois mois de récupération. Ensuite, les petites blessures que j’ai eues en Juillet / Août, avant la CCC, étaient assez logiques. J’ai simplement repris un peu trop vite après une longue coupure. Donc si on résume, c’était lié à la surcharge, j’ai voulu profiter mais j’ai commis des erreurs de débutant…

« La réussite dans le sport, c’est avant tout une intelligence prévisionnelle en termes de planification, d’anticipation et d’organisation. »

RDT : Les médecins appliquent le principe de précaution alors que ce n’est pas la qualité première des trailers. Qu’en est-il dans ton cas?

TG : Eh bien, les cordonniers sont les plus mal chaussés ! Tous mes amis cardiologues ou pneumologues fument (rires). Moi je fais de la radiologie et pourtant, je ne m’écoute absolument pas. On connait le risque et on décide ensuite de le prendre ou pas, c’est la même chose pour tout le monde. Le type de personnalité joue pour beaucoup aussi… En ce qui me concerne, je fais partie de ces gens généreux dans l’effort qui en veulent toujours plus. Des fois ça passe, des fois ça casse. En tous cas, j’en tire une bonne leçon parce que cela m’a beaucoup coûté l’été dernier… Il n’y a que l’expérience qui parle au final.

RDT : Tu arrives justement en plein doute à la CCC, après cette série de blessures et finalement, tu décroches la 2ème place. Cela a donné l’impression d’un gros décalage entre ta condition physique réelle et la perception que tu en avais. Qu’en est-il?

TG: Clairement. C’est à cette occasion que j’ai découvert à quel point le corps avait une mémoire de l’entraînement et à quel point les heures passées comptent malgré une blessure de plusieurs mois. J’ai aussi pas mal roulé à vélo durant l’été et cela a certainement fait mieux qu’entretenir ma condition même si a posteriori cela a certainement retardé la guérison, vu le type de blessure que j’avais. La semaine de stage à Val Thorens 3 semaines avant la CCC a été cruciale et bien exploitée à mon avis.

CCC, un parfum de victoire. Photo: Peignée verticale – T.Nalet

RDT : En terme de gestion, il y en a un qui est un modèle, c’est Julien Chorier.

TG: Oui, c’est un modèle de longévité. L’été dernier, il a pris son dixième départ de l’UTMB®. Et on l’a encore vu performer à Oman by UTMB® par la suite. Il fait vraiment les choses intelligemment et ne se blesse pas. Cela fait des années qu’il est dans le trail et il est très professionnel dans son approche. C’est vraiment un modèle. Il m’avait prévenu avant la course du Matheysin mais je n’ai pas su l’écouter… Cela me servira de leçon. De toute façon, pour moi, la réussite dans le sport, c’est avant tout une intelligence prévisionnelle en termes de planification, d’anticipation et d’organisation. Aussi, Julien a un physique très solide. Par exemple, le gainage et les gammes d’athlétisme, ce n’est pas quelque chose qu’il fait tous les jours. Il en a sûrement moins besoin que d’autres de par les distances qu’il court mais d’autres métabolismes sont beaucoup plus à risque vis-à-vis de certains traumatismes que le gainage permet d’éviter. Il y a aussi des types de courses qui exposent plus au stress physique et à la fatigue que d’autres, comme les ultras. Julien sait bien s’en préserver, il fait attention à l’agencement du calendrier. Sur des courses plus courtes, c’est différent, on voit plus de traumatologie musculo-tendineuse… Chaque format présente ses risques.

RDT : Es-tu un adepte de la préparation mentale ?

TG : Je ne me suis jamais intéressé à la préparation mentale jusqu’à il y a quelques mois. Je ne suis qu’au début de mon exploration et n’y connais encore pas grand-chose. Il y a encore quelque temps, j’avais un a priori un peu simpliste sur ce sujet, du type : « quand tu commences à t’y intéresser, c’est un signe de perte de confiance et au contraire, si tu vas bien, tu ne te poses pas ce genre de questions ». Mais à la réflexion, pour vraiment performer, il y a un moment où c’est important, surtout sur les ultras, où il faut être capable de mentaliser, de visualiser, que cela passe par la méditation ou l’autohypnose.

« En trail, savoir courir à 18 ou 19km/h sur le plat, cela ne sert à rien. »

RDT : Et il faut trouver la bonne personne.

TG : Oui mais j’avoue que je suis très autodidacte et cela me coûte parfois. Je ne vais pas chez le kiné parce que je n’ai pas le temps, sauf s’il consulte à 21h … J’ai beaucoup d’autres choses à faire avant et pour s’entraîner six fois par semaine, c’est déjà beaucoup d’organisation. L’été dernier, tout le monde m’a conseillé d’aller voir le kiné, l’ostéo, etc. sauf que je travaille 12 heures par jour. C’est difficile pour moi, un vrai point bloquant.

RDT : Pour toi, quelle a été la performance marquante de 2019?

TG : Il y a eu des choses monstrueuses. Entre la Western States (NDLR : 161km, 5500m D+, Squaw Valley, victoire de Jim Walmsley en 14h09, nouveau record de l’épreuve) et Sierre-Zinal (NDLR : 31km, 2100m D+, victoire de Kilian Jornet en 2h25, record de l’épreuve), difficile de dire. Sierre-Zinal, c’est un format que je connais mais je n’ai jamais fait cette course. Ce que Kilian Jornet et Petro Mamu ont fait, à finir dans la même minute à un tel niveau, c’est hallucinant. La Western States, Jim y a fait une performance toute aussi incroyable. Sa vitesse moyenne sur la Western States est hallucinante.

Julien et Thibaut en bleu de travail. Photo: La République du Trail

RDT : On dirait que les profils issus de l’athlétisme jouent de plus en plus la gagne sur ce type de course.

TG : Je pense qu’il y a quand même une limite. Si je regarde mes amis qui font de l’athlétisme, moins de la moitié ne basculerait sur le trail. Il faut avant tout être capable de monter et de descendre. En trail, savoir courir à 18 ou 19km/h sur le plat, cela ne sert à rien. Sur la CCC, à aucun moment je n’ai couru à 19km/h et pourtant c’est un parcours soi-disant roulant. Ce n’est pas sur le plat que cela se joue. Cela coûte moins d’énergie de courir à 15km/h avec un sac d’1kg, surtout après 80km. Je n’ai pas couru à 17km/h sur le plat même si je sais le faire. Avant tout, il y a un prérequis musculaire. Ensuite, avoir de la vitesse et courir le 10km aux alentours des 31 minutes, cela doit à peu près suffire pour tirer son épingle du jeu en trail, du moins sur des courses jusqu’à 40km.

RDT : On te voit briller sur des formats entre 60 et 100km. As-tu envie de rallonger ou au contraire, de raccourcir les distances ?

TG : Je ne sais pas trop. L’an dernier, j’aurais aimé faire un beau circuit de skyrunning, ce que je n’ai pas réussi à faire. Vais-je faire cela cette année ? Ou plutôt les Golden Trail Series ? Je fais aussi des courses plus longues, comme la CCC, pour avoir les points pour l’UTMB. Un jour, je ferai l’UTMB, c’est sûr.

RDT : Tu cherches des points ?

TG : Eh oui ! En fait, l’été dernier, je n’en avais pas ! J’ai les points ITRA pour y être invité mais pas les points de distance. C’est pour ça que j’ai fait la CCC (2ème place). Faire l’UTMB®, c’est un de mes 3 rêves sportifs d’adolescent, avec l’EmbrunMan et faire une manche du circuit mondial de raids multisports, que je regardais quand j’étais petit. Ce format m’a toujours attiré, j’en ai fait quelques-uns plus jeune et le fait de courir en équipe, je trouve que ça a du sens. Ce sont des efforts de 4 ou 5 jours, une aventure, quelque chose d’un peu extrême.

« Mes modèles, c’est des gens comme ça, qui ne lâchent pas, qui sont durs au mal, qui bossent, qui ne se regardent pas trop et qui vont au bout des choses »

RDT: Tu es avec le Team HOKA, comment te sens-tu dans cette équipe? Qu’est-ce que cela t’a apporté?

TG : On est bien dans cette équipe. Je peux partager des moments avec des gens qui ont fait leurs preuves, comme Julien, Ludo Pommeret, ou faire des stages, comme l’hiver dernier à Majorque ou il y a quelques semaines à Val Thorens. On a aussi fait des séances de côte avec Julien Rancon, Nico Martin, Manu Meyssat… quasiment toute l’équipe de France de trail en fait. Je ne termine jamais premier sur les séances de côte mais il y a une bonne émulation. Et puis HOKA, c’est des chaussures avec lesquelles j’aime bien courir. Les dernières Speedgoat Evo par exemple, c’est top.

RDT : Et les résultats suivent.

TG : Oui, ça va bien. En 2018, à l’UTMB, ça n’a pas fonctionné, à part Tom Evans qui gagne la CCC mais sinon, tout le monde s’est loupé. En 2019 par contre, il y a eu de très bons résultats. C’est le sport, ça va, ça vient…

RDT : Quel est le programme pour cette année ?

TG : Cette année je vais cibler les Golden Trail Series pour essayer de me qualifier pour la finale, je ferai Zegama, le Marathon du Mont-Blanc et sûrement Ring of Steall en Ecosse. Le gros objectif sera la CCC (UTMB®). La course plaisir sera l’Ourea Trail, une course par étapes sur 7 jours à Avoriaz en février, un nouveau pas dans l’ultra. Puis je finirai la saison aux Templiers.

RDT : Pourquoi revenir sur la CCC ?
TG : Pour faire mieux qu’en 2019. Si tout se passe bien, comme je l’ai fait pour la Transvulcania je pense pouvoir courir plus rapidement en connaissant la course.

RDT : Luis Alberto Hernando est aussi annoncé pour la revanche de 2019.

TG : Oui, Luis Alberto, mais aussi Dylan Bowman et Nico Martin entre autres ! C’est certain que cela sera une revanche pour moi, mais la course sera tellement relevée qu’il y a fort à parier que cela ne se jouera pas entre nous 2 !

CCC: Podium 2019. Et 2020? Photo: Peignée Verticale.

RDT : As-tu une idole?

TG : Pas vraiment. Mes modèles en sport, ce sont mes amis. Je cite souvent Mathéo Jacquemoud et Tao Quemere. C’est des gars avec qui on faisait des raids quand on était plus jeunes. Mathéo a quand même tout gagné avant d’avoir 24 ans, à l’époque où il avait un certain Kilian Jornet dans ses grandes années en face. Tao, lui, il a été en équipe de France de ski de fond et va peut-être devenir pro en vélo, c’est quand même fou. Mes modèles, c’est des gens comme ça, qui ne lâchent pas, qui sont durs au mal, qui bossent, qui ne se regardent pas trop et qui vont au bout des choses. Ce n’est pas parce qu’il pleut qu’ils ne vont pas s’entraîner, ce sont de vrais passionnés.

RDT : Comment te vois-tu dans 10 ans ?

TG: Je me vois bien habiter en Haute-Savoie ou peut être que j’en serai parti parce qu’il fait trop mauvais ! (rires) Je viens de Gap, c’est le sud et je suis quand même assez mal à l’aise avec l’hiver lyonnais. C’est une ville qui me plaît bien, je vais y rester deux ans, le temps de finir au CHU mais après, j’irai peut-être du côté d’Annecy ou Aix-les-Bains. Dans 10 ans, je serai radiologue ou peut-être télé-radiologue, qui sait ! Je toucherai peut-être du doigt le fait de travailler 30 heures par semaine et de pouvoir m’entraîner à côté, sans l’usure de l’hôpital.

RDT : Tu as toujours eu cette ligne de conduite entre tes études et ton futur métier?

TG : Oui, je ne me vois pas gagner 10 UTMB et 8 Western States. Certains diront que c’est peut-être un manque de confiance mais je veux jouer ma carte à fond sans mettre toutes mes billes dans le sport. La vie, c’est aussi mes amis qui ne sont pas du tout dans ce milieu et avec qui je partage de bons moments. Entre la médecine et l’entraînement, je ne fais déjà quasiment rien d’autre. Avoir une stabilité familiale exceptionnelle, une profession prenante et un très haut niveau en sport, je ne connais personne qui sache faire.

RDT : Merci et bonne chance pour la suite !

TG : Merci à toi.

0 Comments

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Une idée d’article ? Envie de contribuer ?

Vous aimez la république du trail ? faites le savoir.

Pin It on Pinterest